{"id":8437,"date":"2022-12-07T09:30:41","date_gmt":"2022-12-07T08:30:41","guid":{"rendered":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/?p=8437"},"modified":"2025-03-09T18:38:00","modified_gmt":"2025-03-09T17:38:00","slug":"corps-en-jeu-dans-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/corps-en-jeu-dans-la-ville\/","title":{"rendered":"Corps en jeu dans la ville"},"content":{"rendered":"<p><strong>Une femme d\u2019affaire qui fait voler une nappe \u00e0 carreau en plein centre de Grenoble, c\u2019est une sc\u00e8ne que l\u2019on pourrait qualifier de dr\u00f4le, de transgressive ou d\u2019incompr\u00e9hensible. Une chose fera l\u2019unanimit\u00e9 : ce geste est inattendu. Comment les corps r\u00e9v\u00e8lent la ville que nous fabriquons ? Comment la danse, le th\u00e9\u00e2tre ou plus globalement le corps qui se met en jeu peuvent rejoindre la d\u00e9marche d\u2019enqu\u00eate des sciences humaines et sociales\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Traditionnellement dans la pens\u00e9e occidentale, corps et esprit, recherche et art, rationalit\u00e9 et \u00e9motion ont \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9s. On le voit dans la recherche : le corps est absent ou pens\u00e9 comme un support statique, \u00e0 croire que les chercheurs\u00b7euses seraient des \u00eatres sans corps ni mouvement. Des courants de pens\u00e9es notamment port\u00e9s par des f\u00e9ministes ou des \u00e9tudes critiques ont permis depuis les ann\u00e9es 1980 de questionner cet impens\u00e9. Leurs travaux ont notamment permis de th\u00e9oriser \u00e0 quel point il \u00e9tait probl\u00e9matique de cr\u00e9er des enqu\u00eates sur le monde sans prendre en compte tout ce qui influence ce rapport au monde : notre corps, nos \u00e9motions, notre \u00e9ducation, nos interactions mais aussi nos intuitions. Toutes ces qualit\u00e9s, loin d\u2019\u00eatre contraires \u00e0 l\u2019exercice de recherche en sciences humaines doivent \u00eatre interrog\u00e9es, mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, utilis\u00e9es, d\u00e9velopp\u00e9es : elles sont autant de sources pour \u00ab mieux voir \u00bb comme le dit la philosophe Sandra Harding.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture1Blog.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8439 size-full\" src=\"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture1Blog.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"458\" srcset=\"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture1Blog.jpg 610w, https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture1Blog-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les approches f\u00e9ministes se sont progressivement fait reconnaitre dans les champs des sciences, cependant elles restent encore majoritairement des apports th\u00e9oriques et la question des m\u00e9thodes f\u00e9ministes restent moins d\u00e9velopp\u00e9es dans les approches de g\u00e9ographes notamment.<\/p>\n<p>La question se pose de comment les th\u00e9ories f\u00e9ministes peuvent donner lieu \u00e0 des pratiques (et pas seulement \u00e0 des concepts), d\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de promouvoir une g\u00e9ographie f\u00e9ministe en actes, avec l\u2019aide des arts de rue.<\/p>\n<p><strong>Performance\u00a0: de quoi parle-t-on\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Performance, performer\u00a0: ce vocabulaire \u00e0 tellement de significations qu\u2019il est parfois synonyme de comp\u00e9titivit\u00e9. Pourtant <em>performer <\/em>dans son sens premier indique le fait de \u00ab\u00a0donner une forme\u00a0\u00bb \u00e0 quelque chose (pour former). Dans le milieu artistique, la performance est une proposition dans\u00e9e, th\u00e9\u00e2tralis\u00e9e ou une installation qui cherche \u00e0 sortir du cadre traditionnel des mus\u00e9es. La performance peut d\u00e9signer des registres tr\u00e8s diff\u00e9rents voir oppos\u00e9s, mais le terme est int\u00e9ressant dans la mesure o\u00f9 nos mani\u00e8res d\u2019\u00eatre dans la vie de tous les jours comportent aussi une forme de performance, de partition chor\u00e9graphique construite \u00e0 base de normes invisibles mais bien r\u00e9elles.<\/p>\n<p>La sociologie a bien montr\u00e9 que nos corps cherchent \u00e0 se conformer au regard de l\u2019autre, et certain\u00b7e\u00b7s chercheurs\u00b7euses comme Erving Goffman dans l\u2019Arrangement des sexes (1977) vont jusqu\u2019\u00e0 affirmer que nous sommes des performeurs ou des performeuses au quotidien, jouant un r\u00f4le malgr\u00e9 nous. Il est donc int\u00e9ressant de confronter ces performances inconscientes avec les performances artistiques qui cherchent explicitement \u00e0 d\u00e9noncer ou s\u2019amuser avec ces r\u00f4les.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qu\u2019un laboratoire de rue\u00a0dans la compagnie Ru\u2019elles ?<\/strong><\/p>\n<p>La compagnie Ru\u2019elles pratique un \u00ab th\u00e9\u00e2tre d\u00e9clencheur \u00bb : un m\u00e9lange entre des pratiques de th\u00e9\u00e2tre, de danse, d\u2019\u00e9criture et de mouvement. Issu de diff\u00e9rents courants comme le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 ou l\u2019\u00e9ducation populaire, cette compagnie propose des ateliers ouverts \u00e0 tout le monde (artiste, amateur\u00b7ice ou habitant\u00b7e) pour s\u2019emparer d\u2019outils artistiques qui d\u00e9calent le regard que l\u2019on porte sur la ville.<\/p>\n<p>Parmi ces outils cet article en d\u00e9taille deux : la carte sensible et la d\u00e9rive. La carte sensible est une pratique qui part du principe que tout le monde vit diff\u00e9remment son quartier et peut trouver sa mani\u00e8re graphique d\u2019en parler. La d\u00e9rive elle propose des mani\u00e8res de marcher dans l\u2019espace public de sorte \u00e0 se perdre et de ne plus avoir ce rapport tr\u00e8s pratique ou efficace que nous avons d\u2019ordinaire en ville. Avec ces outils, les laboratoires de rue souhaitent cr\u00e9er des mani\u00e8res litt\u00e9rales de <em>jouer<\/em> avec nos villes et de d\u00e9battre comment l\u2019urbain nous imposent des sch\u00e9mas.<\/p>\n<p>Ces laboratoires sont donc \u00e0 mi-chemin entre la recherche, l\u2019art et la perspective citoyenne critique pour encourager chacun\u00b7e \u00e0 participer activement aux mani\u00e8res de construire nos villes ou simplement d\u2019y remettre un geste po\u00e9tique. Il s\u2019agit donc en fin de compte de prendre l\u2019art comme un levier qui nous rend capable d\u2019action, qui nous encapacite.<\/p>\n<p><strong>Cr\u00e9er des r\u00e9ponses artistiques pour une pens\u00e9e critique<\/strong><\/p>\n<p>Les explorations men\u00e9es par des m\u00e9thodes corporelles et sensibles donnent des lectures fines sur les ressentis li\u00e9s aux logiques de fronti\u00e8re, de pouvoir ou de contr\u00f4le des corps. Derri\u00e8re la vitrine d\u2019un quartier nomm\u00e9 durable et innovant, les laboratoires de rue ont montr\u00e9 comment les corps pouvaient ressentir avec leur intelligence, certains m\u00e9canismes de la ville n\u00e9olib\u00e9rale. L\u2019enjeu est alors de retrouver une part de libert\u00e9 ou de pouvoir d\u2019agir face \u00e0 cet am\u00e9nagement. D\u00e9tecter la discipline impos\u00e9e au corps et cr\u00e9er des contre-r\u00e9cits\u00a0: c\u2019est le principe de ces laboratoires ouverts.<\/p>\n<p>Comprendre la ville par le corps est une approche de science participative, f\u00e9ministe et cr\u00e9ative qui reste exp\u00e9rimentale. \u00c0 ce titre ce que propose Ru\u2019elles n\u2019est pas un protocole clef en main mais un processus \u00e0 nourrir collectivement. Bien qu\u2019efficaces dans leur lecture et dans la participation qu\u2019elles engendrent, ces m\u00e9thodes demandent aussi \u00e0 \u00eatre questionn\u00e9es au prisme de l\u2019\u00e9thique de la d\u00e9marche, de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e0 partager leurs messages dans les performances et dans leur reproductibilit\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elles constituent des arts de faire non conventionnels qu\u2019elles forment un objet de recherche et de cr\u00e9ation si stimulant.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture2blog.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8443 size-full\" src=\"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture2blog.jpg\" alt=\"\" width=\"634\" height=\"421\" srcset=\"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture2blog.jpg 634w, https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Picture2blog-300x199.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 634px) 100vw, 634px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Post-doctorante \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Belval, <a href=\"https:\/\/wwwde.uni.lu\/forschung\/fhse\/dgeo\/people\/lise_landrin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Lise Landrin<\/a> s\u2019est sp\u00e9cialis\u00e9e dans la recherche-cr\u00e9ation et les \u00e9pist\u00e9mologies f\u00e9ministes. G\u00e9ographe de formation, elle est aussi form\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019opprim\u00e9 et le conte. De plus,\u00a0 elle coordonne le p\u00f4le Recherche de la compagnie <a href=\"https:\/\/www.ru-elles.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ru\u2019elles<\/a>.<\/p>\n<p>Ce billet de blog fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019article paru dans G\u00e9o &#8211; Regards n\u00b015 :<\/p>\n<p>Lise Landrin, <a href=\"http:\/\/www.alphil.com\/pdf\/007landringeo15.pdf\">Corps en jeu dans la ville : perspectives pour une g\u00e9ographie f\u00e9ministe en actes.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une femme d\u2019affaire qui fait voler une nappe \u00e0 carreau en plein centre de Grenoble, c\u2019est une sc\u00e8ne que l\u2019on pourrait qualifier de dr\u00f4le, de transgressive ou d\u2019incompr\u00e9hensible. Une chose fera l\u2019unanimit\u00e9 : ce geste est inattendu. Comment les corps r\u00e9v\u00e8lent la ville que nous fabriquons ? Comment la danse,<\/p>\n","protected":false},"author":277,"featured_media":8372,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1075],"tags":[1087,212,1091,1089,1088,1090],"coauthors":[1092],"class_list":["post-8437","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-corps-et-espaces","tag-art-in-the-city","tag-civil-society","tag-embodied-methodology","tag-feminism","tag-performance","tag-power-relations"],"acf":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8437","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/277"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8437"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8437\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8454,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8437\/revisions\/8454"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8372"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8437"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8437"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8437"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/nccr-onthemove.ch\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=8437"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}